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Être la tête

Le rôle de l’homme selon la Bible : être la tête, c’est servir

Chef de famille, tête, pilier : les mots ne manquent pas, et ils ont souvent servi à dire le contraire de ce que la Bible demande. Voici ce qu’elle dit, et par où commencer.

Par David Edward ·

Si tu cherches en une phrase ce que la Bible attend d’un homme dans sa maison, la voici : qu’il en soit la tête comme le Christ est la tête de l’Église, c’est-⁠à-⁠dire en se donnant. L’autorité, la direction, la protection se comprennent à partir de là. Et tout ce qui s’en écarte, la dureté comme l’absence, vient d’avoir lu le mot « tête » sans regarder celui qui lui donne son sens.

Un mot que l’on a souvent mal lu

Le Nouveau Testament a été écrit en grec, et le mot qu’il emploie est kephalé, la tête. Il décrit la relation du Christ avec l’Église, et celle de l’homme avec sa maison. L’apôtre Paul s’en sert dans une phrase que beaucoup connaissent par cœur, et que beaucoup ont appris à redouter :

« Car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Église qui est son corps et dont il est le Sauveur. »

Éphésiens 5:23 (Segond 21)

Kephalés le reconnaît sans détour : ce verset a été, pendant des siècles, « mal compris, mal utilisé, et parfois même détourné pour justifier la domination masculine ».

Or Paul ne s’arrête pas là. Il renvoie le mari à un modèle, et il dit lui-⁠même, deux versets plus loin, ce que ce modèle a fait :

« Maris, aimez votre femme comme Christ a aimé l’Église. Il s’est donné lui-⁠même pour elle… »

Éphésiens 5:25 (Segond 21)

La question n’est donc pas de savoir qui commande à la maison. Elle est de savoir comment le Christ s’y est pris pour être la tête de son Église.

Une tête qui se penche

Le livre répond en invitant à regarder Jésus : « Regarde-⁠le saisir un bassin et une serviette et laver les pieds de ses hommes — lui, le Fils de Dieu. » Et il ajoute aussitôt : « Jésus n’a jamais abdiqué son autorité. Mais Il ne l’a jamais exercée pour Lui-⁠même. »

Jésus a résumé toute sa venue de la même manière :

« En effet, le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. »

Marc 10:45 (Segond 21)

C’est de là que Kephalés tire sa définition, en trois images : « Être kephalé, ce n’est pas être au-⁠dessus. C’est être en avant, pour ouvrir le chemin. C’est être en dessous, pour porter le poids. C’est être au milieu, pour maintenir la cohésion. »

La place de tête n’est donc pas un privilège. Le livre le dit ainsi : « Sa place de tête ne l’autorise à rien réclamer ; elle l’engage à beaucoup donner. » Et encore : « Un Kephalés n’est pas un roi sur son trône. C’est un homme qui se lève le premier et qui se couche le dernier. »

Quatre verbes pour une seule place

Être la tête, précise le livre, « ne signifie pas dominer. Cela signifie orienter, porter, protéger et servir ». Ces quatre verbes valent d’être pris un par un, parce que chacun correspond à quelque chose de très concret dans une semaine ordinaire.

Orienter, c’est donner une direction à ceux qui avancent avec toi. Non pas décider seul, mais ouvrir la conversation : où allons-⁠nous, que voulons-⁠nous construire ? Le livre a là-⁠dessus une phrase qui écarte toute idée de commandement : « Partager sa vision avec sa femme n’est pas une présentation : c’est une invitation. »

Porter, c’est être là quand le poids arrive. Le livre en donne deux images : l’homme qui, « après une longue journée de travail, remarque que sa femme est épuisée, et qui prend les enfants en charge sans qu’on le lui demande » ; et celui qui, « face à une crise financière, ne panique pas et ne fuit pas, mais qui s’assoit, réfléchit, prie, et propose un plan ». Porter ne veut pas dire tout porter seul. « La force biblique commence par une remise » : l’homme le plus solide est celui qui a appris à déposer devant Dieu ce qu’il ne peut pas tenir.

Protéger, c’est veiller sur ce qui entre dans la maison et sur ce qui s’y installe sans bruit. Le livre prévient contre l’excès inverse : « Veiller, ce n’est pas tout verrouiller ; c’est cesser de dormir devant sa propre porte. » Et la première garde qu’un homme monte pour les siens, c’est de prier pour eux, par leurs prénoms, avant que la crise n’y oblige.

Servir, enfin, est le verbe qui tient les trois autres. Le portrait que le livre fait du Kephalés ne laisse aucune place à l’arbitraire : « Un homme dont l’autorité est au service des autres. Un homme dont la force est une protection, pas une menace. Un homme dont la présence apporte la paix, pas la peur. »

Trois façons de manquer sa place

Si le modèle est aussi clair, pourquoi tant de foyers en sont-⁠ils si loin ? Parce qu’il existe trois manières très ordinaires de passer à côté. Le livre les nomme : la domination, la démission, la performance.

La domination confond l’autorité avec le contrôle : la maison est silencieuse, mais c’est le silence de la crainte. La démission laisse la place vide. La performance est la plus trompeuse des trois, parce qu’elle a l’allure de la responsabilité : la famille a tout, sauf lui.

À ces trois écarts, le livre oppose la consigne que l’apôtre Pierre donne aux responsables des Églises :

« […] non en dominant sur ceux qui vous sont confiés, mais en étant les modèles du troupeau. »

1 Pierre 5:3 (Segond 21)

Ceux dont tu as la charge ne t’appartiennent pas. Ils t’ont été confiés, et l’on ne conduit bien ce qu’on a reçu en dépôt qu’en montrant soi-⁠même le chemin. Ces trois pièges méritent qu’on s’y arrête plus longuement : dominer, démissionner, performer.

Et si mon foyer ne ressemble pas à l’image ?

Rien de tout cela n’est réservé à l’homme marié dont la maison tient debout. Kephalés s’adresse expressément à celui qui lit avec un foyer en morceaux, séparé, divorcé ou veuf, avec des enfants qu’il élève seul une semaine sur deux ou tous les jours : « Un foyer n’est pas d’abord un état civil — c’est ce qu’un homme bâtit autour de ses enfants avec ce qui lui reste. Un père seul qui tient, c’est un foyer. »

Il s’adresse aussi à l’homme qui n’a pas encore de famille, parce que l’homme qu’il sera pour les siens se construit maintenant, dans des décisions que personne ne voit.

Et tu n’as pas à être prêt pour commencer. La Bible est pleine d’hommes qui ont trébuché et que Dieu a pourtant employés. Ce qui les a changés, dit le livre, ce n’est pas leur force : « C’est leur décision de se remettre debout. »

Ce que les tiens verront

À la fin du livre, la femme d’Isaac lui dit qu’elle a l’impression qu’ils vont quelque part ensemble ; elle ne sait pas exactement où, mais elle sent une direction. Le fils de Samuel, un soir dans la cuisine, presque en passant, dit à son père qu’il a changé.

Ni l’une ni l’autre n’a entendu de discours sur le rôle de l’homme. Ils ont vu, jour après jour, un homme tenir sa place. C’est à cela, bien plus qu’à ce qu’il affirme, qu’une famille reconnaît celui qui la conduit.

Par où commencer

Dieu fait grâce, et sa force est réelle. Mais le livre tient à dire les deux choses ensemble : « la grâce n’est pas une excuse pour l’inaction ».

« En effet, c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire pour son projet bienveillant. »

Philippiens 2:13 (Segond 21)

« C’est Lui qui produit, mais c’est toi qui te lèves. » Voici donc un commencement à ta portée, que le livre propose dès ses premières pages. Choisis un domaine où tu exerces une forme d’autorité, sur ta femme, sur tes enfants, sur une équipe, et demande-⁠toi honnêtement si tu t’en sers pour être servi ou pour servir. Non pour te juger : pour voir clair.

Puis pose un seul geste : rends, sans qu’on te le demande, un service que ta position te dispenserait de rendre. Prends la tâche que tu pourrais déléguer. Porte le poids que tu pourrais faire porter.

Texte biblique de la Bible Version Segond 21. Copyright © 2007 Société Biblique de Genève. Reproduit avec aimable autorisation. Tous droits réservés.

Entre hommes

Et toi ?

Ce texte a réveillé une question que tu n’as jamais posée à personne ? Pose-⁠la ici, sans donner ton nom.